Jeudi 15 mai 2008
Le paradoxe de l’Europe est qu’elle est un objet non
identifié, généralement mal perçu des peuples et d’une grande confusion institutionnelle. Faible dans ses relations internationales, elle se montre forte pour réprimer à l’intérieur toute dérive
d’indépendance. Mais sa véritable force réside dans sa capacité d’attraction matérielle. A coups de subventions, elle fait miroiter aux peuples qu’elle agrège ou prétend agréger, le veau d’or de
la péréquation budgétaire. Et cela marche comme on le voit en Serbie et toutes choses égales d’ailleurs, c’est la même tactique qui prévaut pour la Turquie. La pilule démocratique étant amère, il
faut l’enrober du sucre de la subvention.C’est ainsi que démentant les derniers sondages, l’alliance pro-européenne du président Boris Tadic a remporté les élections législatives en Serbie, avec 38,8 % des voix, selon un décompte portant sur 98 % des bulletins dépouillés et dévoilé par la Commission électorale serbe. Le peuple Serbe a écouté les sirènes de la Commission européenne, au surplus on ne peut vivre incessamment dans le paroxysme et l’isolement. Des peuples s’y sont essayés durant l’histoire, Taïwan, L’Afrique du Sud, ou même Israël mais dans tous les cas « l’affectueuse » pression d’un Etat « protecteur » finit par avoir raison du « splendide isolement » a fortiori si la situation économique n’est pas florissante alors qu’en général cet isolement donne les moyens de la prospérité comme en Israël et à Taïwan. Les pro-européens devront pourtant se trouver des partenaires pour être en mesure de former le prochain gouvernement.
La coalition « Pour une Serbie européenne », menée par le président pro-occidental Boris Tadic et son Parti démocrate (DS), devançait largement les nationalistes du Parti radical serbe (SRS) de Tomislav Nikolic, crédités de 29,2 % des voix. « C’est un grand jour pour la Serbie », s’est exclamé Boris Tadic à l’annonce de ces résultats partiels. « Les citoyens de Serbie ont confirmé le cheminement européen de la Serbie », a-t-il dit devant une foule de partisans enthousiastes. Il a toutefois fait une concession en affirmant que son gouvernement ne reconnaîtrait jamais l’indépendance du Kosovo, qui s’est proclamé unilatéralement souverain en février. Dès l’annonce des premiers résultats partiels, les partisans de la coalition pro-européenne étaient descendus dans les rues, actionnant les klaxons de leurs véhicules et agitant des drapeaux de leurs partis et des drapeaux européens. Le Parti démocratique de Serbie (conservateur nationaliste) du premier ministre sortant Vojislav Kostunica arrive en troisième position avec 11,3 % des voix, selon ces résultats partiels. Quant au Parti socialiste serbe (de l’ancien homme fort Slobodan Milosevic), avec un score de 7,6 % des voix, il pourrait avoir un rôle décisif dans la formation du prochain gouvernement. La participation à cette élection, considérée comme un référendum pour ou contre l’intégration à l’Union européenne, s’est élevée à environ 60 %. A l’heure où nous rédigeons ces lignes les résultats définitifs ne sont pas connus.
La coalition pro-européenne devra s’allier à de petits partis minoritaires afin d’être en mesure de former le prochain gouvernement. Dimanche soir 11 mai, le ministre sortant de la Défense, Dragan Sutanovac, haut responsable du Parti démocrate de Tadic, a précisé que sa coalition était ouverte à toutes les alliances, excepté avec les ultranationalistes de Nikolic. Mais, une alliance des deux partis nationalistes de Nikolic et Kostunica, forts à eux deux de plus de 40 % des voix, n’est pas exclue et pourrait menacer le camp pro-occidental, surtout si les socialistes se rallient aux nationalistes. C’est l’hypothèse qu’a immédiatement retenue Nikolic en appelant dimanche soir le bloc conservateur de Kostunica et le Parti socialiste à ouvrir des discussions avec son parti en vue de former le prochain gouvernement. Bruxelles a insisté sur la « nette victoire » des forces pro-européennes lors de ces législatives serbes. Dans un communiqué, l’Union européenne a exprimé l’espoir de la formation d’un gouvernement avec un programme clairement pro-européen, ce qui renforcerait les chances d’une adhésion de la Serbie à l’UE. Pour Paris, « très clairement la Serbie a fait le choix de l’Europe ».
Sans préjuger des alliances à venir en Serbie, il est clair que Bruxelles est dans une logique de fuite en avant, d’un côté l’on cherche l’élargissement indéfiniment, de l’autre, on risque avec le vote de l’Irlande le refus du traité de Lisbonne. Il n’est pas douteux que Bruxelles y mettra le prix et qu’en cas de vote favorable des Irlandais (11 juin) le prix en aura été payé. En définitive les votes des nations s’achètent comme autrefois les notables achetaient les votes populaires.
Marie Labrunie
Paru dans le numéro 795 de Monde & Vie
élections intermédiaires. Et il ne pouvait y avoir de sursaut. Sur quelle base ? « L’ouverture », auquel le président s’accroche, avait brouillé toutes les
cartes.